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Zoom sur ... l’inceste

De quoi s’agit-il ?

L’inceste désigne les violences et agressions sexuelles commises à l’encontre d’un enfant au sein de sa propre famille ou de son cercle de parenté proche. En Belgique, la notion d’inceste est officiellement reconnue et définie dans le Code pénal sexuel depuis la loi du 21 mars 2022 (art. 417/18) :

« On entend par inceste les actes à caractère sexuel commis au préjudice d’un mineur par un parent ou allié ascendant en ligne directe, par un parent ou allié en ligne collatérale jusqu’au troisième degré, ou toute autre personne occupant une position similaire au sein de la famille des personnes précitées. »

Concrètement, cette qualification juridique s’applique lorsque l’auteur des faits est un père, une mère, un adoptant, un grand-parent, un beau-parent (famille recomposée), un frère, une sœur, un beau-frère, un oncle, ou une tante. Les cousin·es n’entrent pas dans cette définition légale; un point que plusieurs associations belges de terrain, comme Patouche et Ensemble contre l’inceste, appellent à faire évoluer.

L’inceste n’est pas une accumulation d’actes isolés : c’est une violence systémique, qui s’installe souvent progressivement :

  • Le climat incestuel désigne un climat de familiarité sexuelle déplacée et de brouillage des limites intimes qui s’installe bien avant le passage à l’acte physique. Par exemple, un grand-père faisant des remarques déplacées sur la beauté physique de sa petite-fille en insinuant qu’il aimerait sortir avec elle s’il était plus jeune).
  • La banalisation : l’agresseur, adulte ou parfois lui-même mineur, peut faire croire à l’enfant que ces gestes sont normaux (par exemple en disant « tous les papas font ça, c’est notre secret »).
  • L’auteur est un « incestueur » car il corrompt les liens de filiation, détruit l’identité de sa victime et fait voler en éclats le noyau familial.

Spécificités de ce public

Dans l’inceste, un lien de confiance unit au départ la victime à son agresseur, ce qui rend la révélation d’autant plus difficile.

Des chiffres effarants 

  • 9 % de la population belge déclare avoir été victime d’inceste étant enfant, ce qui correspond à 1 fille sur 8 (12 %) et 1 garçon sur 16 (6 %), en comptant les cousin·es parmi les auteurs. (source)
  • 29 % des Belges déclarent connaître personnellement une ou plusieurs victimes d’inceste. (source)
  • 40 % des victimes n’ont jamais révélé à un proche les faits qu’elles ont subis: la loi du silence domine. (source)
  • A peine 25 % des violences sexuelles intrafamiliales sont signalées à la police. (source)

La réaction de l’entourage (source)

  • Dans près d’1 cas sur 5, l’agresseur a bénéficié de la complicité active ou passive d’un autre membre de la famille
  • Quand la victime ose enfin parler, la réaction est souvent hostile ou incrédule : sa parole est mise en doute dans 46% des cas, on lui demande le silence dans 43%, elle est accusée de mentir dans 33%, et peut même être exclue de sa famille dans 30% des cas.
  • Les réactions immédiates de soutien et de protection n’ont lieu que dans moins de 3 cas sur 10.

Les conséquences du trauma

L’inceste est une violence à la fois sexuelle, de pouvoir et affective qui engendre des confusions lourdes pour toute la vie de la victime.

  • Lors de l’agression, face à l’effroi, le cerveau peut « disjoncter » pour survivre au choc : l’enfant se retrouve tétanisé, incapable de fuir ou de crier. Ce mécanisme de survie explique qu’une victime puisse raconter les faits d’une voix froide, détachée… un comportement parfois pris à tort pour de l’indifférence ou du mensonge. (source)
  • Le cerveau peut aussi occulter tout ou partie du souvenir des violences : c’est ce qu’on appelle l’amnésie traumatique. Les victimes peuvent souffrir d’amnésie complète (oubli total des faits) ou partielle (par exemple, souvenir d’attouchements mais pas du viol). Ces souvenirs peuvent ressurgir des décennies plus tard, par fragments, souvent déclenchés par un tournant de vie (maternité, mariage, thérapie) (source)

Bon à savoir

Un enfant vous révèle une situation d’inceste? Votre rôle de confident est capital.

Comment accueillir la parole de l’enfant ?

Référez-vous aux sections “attitudes à favoriser” et “attitude à éviter” de ce site

3 conseils pour les adultes confidents (source)

  • Avant toute démarche, prenez conseil auprès d’un avocat spécialisé en droit pénal et familial, expérimenté dans les dossiers d’inceste. Cette personne protégera vos démarches sous secret professionnel et vous aidera à réunir des éléments solides. Vous pouvez aussi vous renseigner auprès d’elle sur les commissariats où se trouvent les enquêteurs les mieux formés
  • Prenez immédiatement rendez-vous chez un pédopsychiatre formé aux questions de violences sexuelles sur enfants. Son évaluation clinique est une pièce déterminante pour convaincre le juge d’ordonner des mesures de protection urgentes.
  • Ne suspendez jamais unilatéralement les droits de visite ou d’hébergement, même en cas de forts soupçons ou d’aveux. Refuser de confier l’enfant à l’autre parent peut être poursuivi pour non-représentation d’enfant, et être retourné contre vous devant le tribunal de la famille (accusation d' »aliénation parentale », un concept sans fondement scientifique), au risque de perdre la garde au profit du parent incesteur.

Les règles de la procédure policière et judiciaire en Belgique

(valables pour toutes les violences sexuelles sur enfant) (source)

  • Il n’y a pas de « date limite » pour porter plainte. Depuis 2019, les infractions sexuelles graves sur mineur sont imprescriptibles : une victime peut porter plainte à tout moment de sa vie.
  • Un enfant n’a jamais à « prouver » qu’il n’était pas d’accord. Depuis 2022, la loi part du principe qu’un mineur ne peut jamais être considéré comme « consentant » à des violences sexuelles . C’est à l’auteur présumé de se justifier, jamais à l’enfant de prouver qu’il était victime.
  • Un enfant ne doit raconter les faits qu’une seule fois à la police. En Belgique, depuis 2003, les enfants de moins de 12 ans doivent normalement être entendus selon la méthode « TAM » (technique d’audition de mineurs) : des policiers spécialement formés, dans une pièce adaptée, filment l’entretien du début à la fin, au rythme de l’enfant. Cette vidéo sert ensuite tout au long de la procédure ; l’enfant n’aura ainsi pas à revivre son témoignage devant un juge ou des avocats.

Organismes qui travaillent sur le sujet

Un enfant vous confie être victime d’inceste? Vous n’avez pas à porter cette situation seul. En Belgique, plusieurs services spécialisés, gratuits et confidentiels, proposent une écoute, des conseils et/ou une orientation (voir “Où trouver de l’aide?). Vous trouverez ci-dessous les organismes spécialisés sur les violences sexuelles intrafamiliales.

  • SOS Inceste Belgique est une association qui propose une permanence téléphonique lundi, mercredi, vendredi de 10h à 13h au 02/646.60.73. Accueille les victimes dès 15 ans, sans limite d’âge supérieure.
  • Ensemble contre l’inceste est un collectif militant belge qui lutte contre les violences incestueuses. Il informe le public, interpelle les autorités et travaille avec d’autres structures de terrain, comme le Collectif Patouche et l’Université des Femmes.
  • Le Centre Holista :service bruxellois qui coordonne l’action de plusieurs intervenants (médicaux, sociaux, juridiques) autour d’un dossier complexe de violence intrafamiliale ou d’inceste, en encadrant légalement le partage du secret professionnel. Particulièrement utile si vous êtes un professionnel déjà engagé dans l’accompagnement de l’enfant et que plusieurs services doivent travailler ensemble.
  • Le Collectif de parents protecteurs de Belgique regroupe des parents, des professionnels et des associations pour défendre et protéger des enfants victimes de violences, en particulier d’inceste, quand le système judiciaire ou social fait défaut https://cppb.be/fr/